Pourquoi le lire

Une histoire pour sentir le présent basculer.

Au Negresco, Emma Lemaire découvre une mécanique d'effacement plus froide que le meurtre : détruire une personne avant même qu'elle ne disparaisse.

Un nom sur une liste peut-il suffire à faire disparaître quelqu’un ? Au Negresco, à Nice, le journaliste Édouard Varnier est retrouvé mort dans une suite de luxe. Tout semble avoir été préparé pour raconter une histoire simple : un homme fragile, instable, arrivé au bout de lui-même. Mais Emma Lemaire ne croit pas aux scènes trop bien rangées. Dans le coffre de la chambre, elle découvre une liste de dix-sept noms. Des magistrats, des hauts fonctionnaires, des financiers, des témoins gênants. Des vies entières réduites à quelques lignes, classées, annotées, préparées. Et parmi ces noms, le sien. EMMA LEMAIRE. Barré. Après avoir affronté PLATINUM-X, une technologie capable de transformer le désir en drogue mortelle, Emma découvre une menace plus froide encore : DIONÉ, un système conçu pour isoler, fragiliser et effacer des individus avant même leur disparition. Ici, on ne tue pas…

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Découvrez un véritable extrait de La Liste Rouge: Emma Lemaire – Tome 2, tiré du manuscrit officiel.

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La Harley vibrait encore sous Emma Lemaire quand elle coupa les gaz devant le Negresco. Nice gardait à cette heure son visage de vitrine : la mer sombre derrière les palmiers, les façades lavées de lumière blanche, les voitures silencieuses qui glissaient le long de la Promenade comme si la ville refusait d’avouer qu’elle pouvait contenir autre chose que du luxe, des valises et des nuits trop douces. Le portier s’avança par réflexe, vit la carte de police, puis reconnut son visage. Il s’écarta sans question. Emma retira son casque, secoua ses cheveux noirs, sentit la chaleur de la route quitter lentement ses cuisses, et entra dans le hall avec cette raideur calme des gens qui savent que la première minute d’une scène compte plus que tous les rapports écrits après coup.

L’air du palace portait la cire, le linge neuf, le parfum floral des compositions et une note plus froide, que personne d’autre ne sembla remarquer. Rien d’inhabituel, en apparence. Juste ce silence travaillé des grands hôtels quand un incident menace la réputation avant de menacer les consciences. Emma traversa le hall sans accélérer. Une réceptionniste baissa les yeux sur son écran, un couple de touristes cessa de parler une seconde trop longtemps, un groom recula d’un pas avec un chariot vide. Tout le monde savait déjà qu’il fallait ne pas savoir. Elle nota cela avant même de voir le mort : dans les lieux de luxe, la version officielle commence toujours au rez-de-chaussée.

Deux uniformes l’attendaient au sixième étage, devant la suite 607. Le plus jeune, Duval, portait son badge de travers et l’inquiétude visible de ceux qui ont compris trop tôt que la procédure ne suffirait pas à les protéger. Son collègue, plus ancien, gardait les mains croisées devant lui, comme un homme qui préfère ressembler à une porte fermée.

— Personne n’a touché le corps. La direction a voulu entrer avec le chef sécurité, mais on a bloqué. Le médecin de garde est passé dans l’encadrement, sans approcher. Le parquet est prévenu.

— Demandées. On nous parle de délai informatique.

Elle enfila ses gants avant d’entrer. La suite donnait sur la mer. Les rideaux n’étaient pas complètement tirés, assez ouverts pour laisser entrer un rectangle de nuit, assez fermés pour empêcher les curieux de voir depuis les immeubles voisins. Le salon avait été rangé avec un soin discret : coussins replacés, table basse vide, bouteille d’eau alignée contre deux verres, tablette posée près d’un carnet à élastique. Dans la salle de bains ouverte, la baignoire ovale occupait le centre comme un autel blanc. Édouard Varnier reposait dedans, nu, la cinquantaine usée, barbe grise de trois jours, cage thoracique trop visible, tête renversée sur le rebord, bouche entrouverte sur ce sourire mou que la mort donne parfois aux visages quand quelqu’un a pris la peine de les arranger.

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